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Commission épiscopale justice et paix - CJP burkina

Exclusion sociale : Martine KEBRE retourne en famille après 4 ans de vie de paria

Il suffit parfois d’une simple accusation pour que la vie de toute une famille se retrouve bouleversée. L’histoire de Martine KEBRE, originaire de Grand Samba, dans la province du Passoré, région du Yaadga, vient montrer, une fois de plus, l’envers du décor du phénomène de l’exclusion des femmes par allégations de sorcellerie au Burkina Faso.

En 2022, la vie de Martine KEBRE bascula. Dans le village de son époux, à Yiyalé, la mort d’un enfant a semé la suspicion. Pour désigner un coupable, la communauté a recours au « port du Séongo », une pratique traditionnelle encore ancrée dans cette partie du pays. Désignée coupable par cette méthode, elle devint, en quelques heures, un paria. Chassée sdu village, elle fuya vers sa famille d’origine.

Elle pensait y trouver refuge, mais ne tarda pas à constater avec amertume que la pression sociale pouvait parler plus fort que les liens du sang. Intervint alors son second rejet. C’est ainsi que Martine va se retrouver au Centre Delwendé de Sakoula, aux côtés d’autres femmes ayant connu le même sort.

Dans ce centre, elle ne resta pas inactive. Avec courage et dynamisme, elle s’investit dans des activités telles que le jardinage, la cuisine, ou encore l’accompagnement des femmes plus âgées. « Une femme digne et travailleuse », témoignera plus tard M. GUIRE Bernard du Centre Delwendé.

Le retour à la vie familiale

Pendant ce temps, son petit frère, avec l’appui d’un parajuriste de la CJP-Burkina, entamait un travail de longue haleine de médiation pour son retour. Rencontre après rencontre auprès de personnes ressources, ils cherchèrent une issue. Si la réinsertion dans la belle-famille s’avéra impossible, sa famille d’origine, toutefois, finit par accepter de la recevoir.

Un terrain est alors acquis à Grand Samba pour lui offrir un toit. La famille se mobilisa. L’eau, les agrégats, les bras pour construire, chacun contribua à élever les murs de sa maisonnette. La construction est financée par la CJP-Burkina avec l’appui de MISEREOR dans le cadre de son Initiative pour la Consolidation de la Paix et de la Cohésion Sociale.

Le 19 février 2026, des équipes de la CJP-Burkina et du Centre Delwendé ont accompagné le retour de Martine à Grand Samba. Pour faciliter son nouveau départ, elle a reçu un kit alimentaire et d’un appui financier pour ses besoins immédiats, le tout d’une valeur de 100 000 FCFA. Mais au-delà de ces aides matérielles, elle a retrouvé quelque chose d’essentiel : une chaleur familiale.

Avant de repartir, la CJP-Burkina l’a invitée à réfléchir à une activité génératrice de revenus qui pourra être soutenue prochainement. Une mission de suivi est déjà prévue dans quelques mois, pour s’assurer que cette nouvelle page de sa vie s’écrit sans difficulté majeure.