Mot du Président de la Commission Épiscopale Justice et Paix

Excellences nos Archevêques et Evêques, Excellence Monsieur l’ambassadeur d’Allemagne au Burkina Faso,  Monsieur le Ministre de la Justice , Madame la représentante du Ministère des Droits humains et de la Promotion civique , chers représentants de MISEREOR,…chers coordonnateurs diocésains des  Commissions diocésaines Justice et Paix, chers délégués diocésains de la commission Justice et Paix,  chers membres de la Commission épiscopale, Justice et Paix…, chers frères et sœurs, j’ai l’insigne honneur et la grande joie , en tant que nouveau Président de la Commission Épiscopale Justice et Paix (et au nom de CEBN) de vous   souhaiter à mon tour la Bienvenue dans l’enceinte du siège de ladite commission épiscopale.

Permettez-moi tout d’abord de vous exprimer toute ma gratitude pour avoir répondu si nombreux à notre invitation, suspendant ainsi vos activités légitimes et vos programmes si chargés, pour vous associer à nous en ce temps fort de la vie de notre Commission. Au moment où j’assume la responsabilité de Président de la Commission, je voudrais tout d’abord adresser ma reconnaissance à mon prédécesseur Mgr Thomas KABORE, Evêque Émérite de Kaya et premier Président de cette Commission créée par les Evêques en 2003, en la détachant de l’OCADES dont elle était initialement une composante. Merci Excellence pour le travail abattu à la tête de cette Commission pendant 11 ans. Par votre travail, vous avez contribué, avec tous vos collaborateurs, à asseoir une Commission qui au fil des ans a vu son importance grandir au gré des événements que vivait notre pays. Chaque fois que notre pays traversait des moments délicats de son histoire, vous avez su apporter l’éclairage nécessaire à une meilleure compréhension des causes profondes des maux qui fragilisaient ou menaçaient la Justice et la Paix dans notre pays, aidant ainsi l’Episcopat dans ces prises de  décisions et dans ces actions en faveur de la justice et de la paix.  Nous continuerons certainement à vous écouter dans la mission qui sera la nôtre. Merci infiniment à vous encore et à tous vos collaborateurs, tout particulièrement l’ancien Secrétaire Général M. l’abbé Joseph Mukasa KIENOU, en ce moment en année sabbatique en France, après un engagement courageux et déterminé au service de la Commission,  malgré ses problèmes de santé.  Que le Seigneur vous garde tous dans sa paix.

Merci à toutes les Institutions qui ont accompagné la Commission jusqu’à présent ! Permettez- moi de citer tout particulièrement notre principal soutien financier depuis de nombreuses années,  j’ai nommé Misereor en Allemagne dont nous avons la joie et l’honneur d’accueillir les représentants aujourd’hui parmi nous, Misereor qui n’a jamais cessé de considérer avec grande attention tous nos projets en faveur de la Justice et de la Paix. A travers cet organisme, ce sont des citoyens allemands, hommes et femmes épris de paix, au sein de l’Eglise de ce pays ou hors d’elle,  qui ont contribué généreusement à la réalisation de nos projets. Merci à Monsieur Adeye Faustin et Monsieur Raoul BAGOPHA d’être parmi nous aujourd’hui,  témoins du présent événement ! Nous sommes honorés par la présence de son Excellence Monsieur l’ambassadeur d’Allemagne ici présent et le prions de transmettre toute notre gratitude au peuple allemand pour la solidarité agissante envers le peuple burkinabè. Je dis merci aux Institutions étatiques, à tous les partenaires d’ici ou d’ailleurs, individuels ou collectifs, pour leur collaboration, pour leur soutien combien précieux à la réalisation de notre mission et pour leur présence parmi nous.

L’histoire relativement récente de l’apport de  l’Eglise à l’édification d’un monde de justice et de paix nous montre combien Justice et Paix constituaient pour l’Eglise une préoccupation importante. Les encycliques sont nombreuses qui analysent, éclairent, orientent l’action en direction de la défense des droits de l’homme et des victimes des injustices, des opprimés, des innocents, selon l’esprit même de l’évangile du Christ. Nombreuses sont les Lettres Encycliques qui apportent des messages universels de l’Eglise dans le sens de la justice, de la paix dans le monde et des droits de l’homme, des encycliques adressées aux chrétiens principalement mais aussi à tout homme de bonne volonté. Citons entre autres les plus connues : Pacem in Terris (la paix sur la terre) du pape Jean XX III, Populorum Progressio (le développement ou progrès des peuples) du pape Paul VI, Laborem exercens, Sollicitudo Rei Socialis, Evangelium vitae sur le travail, le social et la valeur et l’inviolabilité de la vie, de Jean Paul II et Laudato Si (Loué sois tu) sur l’environnement et les questions écologiques  du pape François. On peut citer également les Synodes des Evêques sur la « Justice dans le monde » et sur «  l’Evangélisation et le Monde contemporain », synode qui parle plus particulièrement des droits les plus menacés, « le droit à la vie et à une alimentation suffisante, le droit à la liberté religieuse, les droits socio-économiques, les droits politiques et culturels », et « encourage tous ceux qui qui s’efforcent de faire respecter les droits de l’homme et invitent les autorités à promouvoir et à donner un espoir aux opprimés et insiste sur le principe que la réconciliation requiert la justice »[1].

Ces synodes se situaient dans la ligne du Concile Vatican II pour qui, « les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout, de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur »[2]. Les évêques des Conférences épiscopales du Mali et du Burkina –Niger auxquelles se sont associées la Cote d’Ivoire et … ont pris eux aussi l’initiative d’organiser cette année encore l’Inter-Conférence les 12 et 13 novembre dernier, pour contribuer à apporter une réponse au drame sécuritaire qu’affrontent nos pays en ce moment. Ainsi, leur rencontre s’est terminée par un appel à mettre fin aux «  violations quotidiennes des droits fondamentaux de la personne humaine : violations du droit à la vie caractérisée par les massacres des populations, violation du droit à la liberté religieuse se traduisant par les attaques des lieux de culte, les attaques ciblées visant des responsables religieux ou des membres de confessions religieuses déterminées, la violation du droit à l’éducation pour tous se traduisant par la fermeture des écoles, la violation du droit à la propriété caractérisée par les expropriations forcées, la violation du droit de vivre dans un environnement sécurisé et paisible » , Forts de tout cet enseignement de l’Eglise, comment notre Commission pourrait-elle rester insensible à tous ces appels qui doivent devenir une réalité dans notre vie !

Notre  Commission, par-delà cette cérémonie d’inauguration d’un nouvel édifice et d’un nouveau siège tout flambant neuf, voudrait surtout  amorcer un nouveau départ dans les cœurs et faire siennes avec beaucoup de détermination et d’engagement les souffrances actuelles du peuple burkinabè, soumis de manière horrifiante et révoltante aux assauts répétés du terrorisme, par la solidarité agissante avec les personnes déplacées, et tout particulièrement avec les familles des victimes  d’une horreur inqualifiable.  La dernière horreur en date est celle de Hantoukoura dans la commune de Foutouri où 14 fidèles chrétiens d’une église protestante ont été froidement exécutés ce dimanche 1er décembre pendant un office religieux. C’est la énième attaque qui vient s’ajouter à la longue liste des victimes de l’horreur. Il n’est pas nécessaire ici de l’étaler à nouveau sous vos yeux ! Je vous invite plutôt à observer une minute de silence, de recueillement et de prière pour toutes ces victimes, pour leurs familles et pour toute la Nation endeuillée !…………………………………. Je vous remercie !

Notre commission, consciente de la fracture sociale généralisée qui fragilise encore plus la société burkinabè, voudrait dire sa disponibilité à soutenir et à accompagner un processus de réconciliation nationale ! Il s’agit de favoriser l’unité et la solidarité nationales sans lesquelles il nous sera difficile de venir à bout du mal qui nous agresse tous quotidiennement sur tous les plans : physique, psychologique, moral, économique, social et politique. Il est vrai que le rôle de l’Eglise en la matière est assez délicat : son silence pourrait être perçu comme de la complicité et sa parole ou son engagement comme une attitude partisane ! Elle doit donc être continuellement vigilante pour respecter avec fidélité la nature de sa mission spécifique ! Cette coopération pourrait passer également au sein de l’Eglise, par la création d’un observatoire pour la prévention et la gestion des conflits et d’un laboratoire de sciences pour l’éducation à la justice et la paix.

La commission est également consciente de la nécessité de s’engager à soutenir la promotion d’un Projet d’éducation à la paix dans nos structures éducatives afin de communiquer aux jeunes générations actuelles et futures, une culture de la justice, de l’intégrité, de la solidarité et de la paix. Sans ce socle refondateur, notre nation sera toujours un rêve jamais accompli.

Forts de notre espérance chrétienne, les membres de notre Commission voudraient relever ces défis avec l’ensemble de nos Institutions amies et des composantes de notre peuple, afin que celui-ci retrouve sa réputation légendaire de terre d’accueil, de peuple pacifique et de nation fraternelle et solidaire ! Ne nous laissons pas voler cet avenir en qui réside notre succès !

Je souhaite bon courage à tous les acteurs et Institutions engagés dans le soutien des processus de justice, de réconciliation et de paix, à tous les membres nationaux et diocésains de  la Commission épiscopale Justice et Paix pour que vive le Burkina Faso ! Que Dieu bénisse le Burkina Faso et lui accorde la paix ! Je vous remercie !

 

+ Alexandre Yikyi  BAZIE

[1] Commission Pontificale « Justitia et Pax », L’Eglise et les droits de l’homme, Cité du Vatican 1975, no 28, p. 19.

[2] Gaudium et Spes no 1

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