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Qui veut la Paix, cultive la Justice

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Promotion de la Paix au Burkina : La CDJP/Banfora a animé une conférence au profit des leaders coutumiers et religieux de la région des Cascades


Promotion de la Paix au Burkina : La CDJP/Banfora a animé une conférence au profit des leaders coutumiers et religieux de la région des Cascades

Le modérateur présentant le conférencier

Le vendredi 22 novembre 2019 dans la salle de réunion de la mairie de Banfora, le coordonnateur diocésain de la commission Justice et Paix de Banfora, le Père Macaire Sandouidi à animé une conférence sur le thème : « Rôle des chefs coutumiers et religieux dans la promotion de la paix, de la tolérance et de la cohésion sociale au Burkina-Faso avec le contexte sécuritaire que nous vivons ». Organisée par l’Association des Jeunes Patriotes Pour le développement de la Région des Cascades, cette rencontre tenue à Banfora a rassemblé les leaders religieux et coutumiers de la région des Cascades. Une délégation de la commune de Sikasso au Mali était également présente à cette conférence.

La présente activité entre dans le cadre de la 10ème édition du Festival International Innov Action Culture qui s’est tenue du 21 au 24 novembre à Banfora et Sindou dans la région des cascades.

Présence remarquée des chefs coutumiers et religieux

 

Nous vous proposons ci-dessous le contenu de sa communication

Thème : « Rôle des chefs coutumiers et religieux dans la promotion de la paix, de la tolérance et de la cohésion sociale au Burkina-Faso avec le contexte sécuritaire que nous vivons »

Conférencier : Père Macaire SANDOUIDI csv

Coordonnateur Diocésain de la Commission justice et Paix, Banfora

INTRODUCTION :

Contexte d’insécurité et d’instabilité sociale et politique au Burkina

Les conflits armés en Afrique constituent de nos jours un sujet très préoccupant pour la communauté internationale. Ces conflits, internes pour la plupart ont des causes multiples (politiques, économiques et sociales). Au-delà des pertes matérielles, ces conflits sont à la base de beaucoup de pertes en vie humaine notamment des civils et des hommes de tenue et mettent en mal le tissu social et le développement des pays.

L’expérience nous enseigne que l’absence de paix est une chose redoutable. Le défaut de paix est comparable à un manque d’oxygène qui peut vite devenir fatal.

Partout, dans toutes les nations, au niveau individuel comme au niveau collectif, la paix est une quête inlassable liée à la permanence du conflit. Le vieux grec Héraclite disait : « Polémos (la guerre, le conflit, le combat) est père de toutes choses, le roi de toutes choses. Des uns il a fait des dieux, des autres il a fait des hommes. Il a rendu les uns libres, les autres esclaves. »

La force de feu est sans doute nécessaire pour faire reculer les forces du mal ; mais, la capacité de résilience des populations à résister aux chocs économiques, climatiques et sécuritaires est sans doute l’arme la plus efficace pour contrer l’extrémisme violent et assurer la paix et le développement durable pour un mieux vivre.

Quelles est le potentiel et les processus de médiation intercommunautaire traditionnels pour ramener la paix et la stabilité durable ?

Comment accroitre efficacement la contribution des religieux et des chefs coutumiers dans les processus de gestion des conflits et de réconciliation entre communautés meurtries par des conflits au Burkina Faso ?

Au-delà des actions du gouvernement pour la réconciliation et la cohésion sociale, il y a des initiatives des fils et filles des OSC et d’autres organismes pour la paix et en faveur de la paix. C’est à juste titre que nous pouvons nommer, pour le cas spécifique de la Région des cascades, l’Association des Jeunes Patriotes pour le Développement de la Région des Cascades.

A partir du thème soumis à notre réflexion, le rapport entre autorité religieuse, coutumière et la paix se pose. Autrement dit, il s’agit de répondre à la question comment les autorités religieuses et coutumières peuvent-elles être des acteurs de promotion de la paix au Burkina-Faso ? Quel rôle peuvent-ils y   jouer et de quelle manière ?

 

  1. Situation sociale dans la Région des cascades : de la généralité à la particularité

Pour qu’un peuple vive en paix, il faudrait travailler en son sein pour que la paix parte des familles. La paix au Burkina-Faso suppose la paix dans ses régions. Une région en quête de la paix expose tout le pays. Autrement dit, parler de la paix dans notre pays, c’est travailler pour la paix dans notre région. D’où l’importance de pointer du doigt, les réalités de la Région des cascades qui mettent en mal la cohésion sociale voire la paix :

  • Affrontement entre agriculteurs et éleveurs à Tiéfora (03, 04 et 05 décembre 1986) faisant un bilan lourd en perte humaine
  • Le conflit à la SN-SOSUCO
  • Les conflits intercommunautaires liés au foncier et à la cohabitation pacifique entre agriculteurs et éleveurs (les conflits fonciers à Sitiena, Nafona, Bonouna et Labola),
  • Les crises liées à la chefferie traditionnelle
  • Les luttes de leadership dans nos communautés de foi
  • Les crises dans nos communes, nos secteurs, nos petites communautés de foi, les crises dans nos familles.
  • Les conflits agraires (
  • Les attaques terroristes (deux fois à Sidéradougou, à Siniena et au poste de Yendéré)

Autant d’éléments qui nous permettent de conclure que la quête de la paix n’est pas réservée à une région, ni à une ethnie encore moins à une communauté mais à tous. Chacun de nous ici a besoin de la paix et chacun de nous doit être acteur de paix. Pour mieux comprendre la paix, il faut la décliner avec ses dérivées.

 

  1. Définition conceptuelle : la logique herméneutique
  • La paix : fruit de la justice et de la charité

La paix est une valeur et un devoir universel ; elle trouve son fondement dans l’ordre rationnel et moral de la société dont les racines sont en Dieu lui-même, « source première de l’être, vérité, essentielle et bien suprême ». La paix n’est pas simplement l’absence de guerre ni même un équilibre stable entre les forces adverses, mais elle se fonde sur une conception correcte de la personne humaine et requiert l’édification, d’un ordre selon la justice et la charité. La paix est le fruit de la justice (Is 32,17). La paix est aussi le fruit de l’amour : « la paix véritable et authentique est plus de l’ordre de la charité que de la justice, cette dernière ayant mission d’écarter les obstacles à la paix tels que les torts ; les dommages, tandis que la paix est proprement et tout spécialement un acte de charité ».

La paix se construit jour après jour dans la recherche de l’ordre voulu par Dieu, et elle ne peut fleurir que lorsque tous reconnaissent leurs responsabilités dans sa promotion.

La violence ne constitue jamais une réponse juste. Le monde actuel a lui aussi besoin du témoignage de prophètes non armés, hélas objet de railleries à toute époque. C’est au prix du sacrifice de ces martyrs que le Burkina-Faso pourrait faire la vraie expérience d’une véritable cohésion sociale.

 

  • La cohésion sociale (cf. www.toupie.org du 20/11/2019)

L’expression désigne l’état d’une société, d’un groupe ou une organisation ou la solidarité est forte et les liens sociaux intenses. L’expression a été utilisée pour la première fois en 1893 par Emile DURKHEIM dans son ouvrage De la division du travail social, pour décrire le bon fonctionnement d’une société où se manifestent la solidarité entre les individus et la conscience collective.

La cohésion sociale favorise l’intégration des individus, leur attachement au groupe et leur participation à la vie sociale. Les membres partagent un même ensemble de valeurs et des règles de vie qui sont acceptées par chacun. Mais l’existence de conflits sociaux ne signifie pas nécessairement l’absence de cohésion sociale.

Où sommes-nous en tant que Burkinabé et en tant que habitants de la Région des cascades ? Constituons-nous un peuple ou des peuples ? Avons-nous encore des valeurs communes qui nous identifient ou avons-nous créé des groupements à tendance identitaire avec un risque de sectarisme, de ségrégationnisme, d’ethnocentrisme, de régionalisme et de tous les « ismes possibles » ? Et notre identité de Burkinabé sommes-nous aujourd’hui des Burkina, des Burkimbi ? Pouvons-nous parler en toute aisance de Faso, Fa-So ? De quel Fa s’agit-il ? Notre Père ou de mon père ? De notre terre ? Ou de ma terre ? De Notre Pays ou de leur pays ? Sommes-nous toujours du pays de Thomas SANKARA ou parlons-nous en terme de toma san kana ?

Nous devons travailler pour la cohésion sociale et sans la tolérance, la cohésion sociale est impossible. La tolérance part de l’acceptation de la différence pour nous voir complémentaires. La région des cascades a un peuple cosmopolite. La région est un carrefour de peuples donc une richesse culturelle se vit à l’interne. Ce brassage est accentué par l’installation des grandes sociétés comme la GMB jadis, la SN-SOCUCO, la SOFITEX, la Minoterie du Faso et la présence de pleines irriguées sur ses sols. Un regard rétrospectif sur l’ensemble des régions du Burkina-Faso, laisse voir la particularité des Cascades. Nous sommes ici un tout et nous avons tout.   Il faut aller à l’école des dépositaires de la tradition, les chefs coutumiers, et les leaders religieux pour comprendre le langage de la création. Leur présence est d’une grande importance et on doit leur permettre de jouer pleinement leur rôle dans notre société. Non seulement il faut leur donner de la place mais aussi ils doivent prendre leur place.

 

  • Rôle des Chefs coutumiers et des leaders religieux dans la promotion de la paix
  1. Les Chefs coutumiers

Les chefs coutumiers sont les dépositaires de la tradition. Qui dit tradition dit aussi culture, éducation, et valeurs religieuses. Dans la tradition africaine, le chef n’a pas d’armoire d’archivage. C’est son cœur qui est compartimenté pour chaque fait, pour chaque problème. Il dispose d’un mécanisme de gestion et de prévention des conflits. Aujourd’hui, les garants de la Tradition doivent nous inculquer les réalités de la source car nous sommes perdus. Nos valeurs traditionnelles sont méconnues et rejetée au profit d’une culture importée. Que faisons-nous dans nos écoles ? De l’éducation ou de l’instruction ? De l’éducation aux valeurs ou de l’acculturation ? De la dépravation des mœurs ou de l’inculturation ?

Aujourd’hui, nous vivons une sorte de crise identitaire. Nous ne sommes ni blancs, ni noirs. Nous sommes perdus.

La paix et la cohésion sociale ont toujours été au cœur des défis des dépositaires de la Tradition. La situation politique de notre pays pendant le push manqué a été l’illustration parfaite. De toutes les médiations, celle de l’empereur des Moose a été la meilleure. Personne ne connaît la conclusion mais le résultat a été visible. On a pu éviter le pire.

Dans la médiation traditionnelle, il y a la sacralité de la parole. La parole donnée est sacrée. Combien d’accords ont été signés sans respect ? Outre la sacralité de la parole, il y a les valeurs traditionnelles sur lesquelles nous pouvons nous appuyer pour vivre en digne fils et filles de notre pays ; entre autre : l’intégrité, l’honnêteté, le sens du devoir, la responsabilité, la dignité, etc.

C’est à l’école de la tradition, à l’école du baobab, que nous assurerons aujourd’hui et demain cette éducation aux valeurs pour rendre notre nation pérenne. Ce qui est demandé à un chef, c’est d’être intègre, c’est-à-dire une personne qui a établi un système de valeurs d’après lequel toutes les choses de la vie sont jugées.

L’intégrité ne concerne pas tant nos actes que notre identité personnelle. Et c’est notre identité personnelle qui en retour détermine nos actes. Notre système de valeurs fait tellement partie de nous que nous ne pouvons pas nous en séparer. Il établit nos priorités dans nos vies et examine ce que nous acceptons et rejetons.

Pour gagner la confiance d’autrui, un chef se doit d’être authentique ; Si mes paroles et mes actes sont en harmonie, les résultats seront compatibles, mais si mes paroles et mes actes ne sont pas en harmonies, les résultats seront contradictoires. Que la Sagesse des ancêtres accompagne nos chefs pour qu’ils jouent pleinement leur rôle de dépositaire de la tradition et travailler pour le bonheur de leur peuple.

 

  1. Le rôle des religieux

Le religieux est par définition celui qui est relié à Dieu. Le leader religieux est un guide, un maître ; un enseignant, un prédicateur, c’est un intendant des grâces de Dieu. Un leader religieux est un responsable de communauté. Ce qui caractérise le leader religieux en propre, c’est qu’en homme de Dieu, il est un homme d’unité, de communion, un rassembleur. En un mot c’est l’homme de tout le monde.

Il détient son autorité de Dieu dont il est le serviteur. Il n’est pas un fonctionnaire de Dieu ni son mercenaire. Il en est le serviteur en ce sens qu’il inspire la confiance et est digne de confiance. Le leader religieux enseigne les vérités de Dieu. Il ne cherche pas son propre gloriole et ne dicte pas aux autres ses vérités mais, enseigne Dieu. L’enseignement pourrait être un lieu de promotion de la paix surtout quand cet enseignement est axé sur la vérité et la justice.

Le pardon et la miséricorde sont d’autres noms de Dieu. La paix est en lui-même est un don de Dieu et il ne peut avoir de paix véritable sans le pardon et la réconciliation. Le canal par lequel le message de paix pourrait être communiqué aux populations est celui du prêche. Quand il est donné en toute objectivité avec pour souci la sauvegarde de la paix et de la cohésion sociale dans un esprit d’ouverture, il réunit les hommes et leur donne le sens du bonheur véritable qui est en Dieu, Allah, Matigi Allah, Doly, Nab-Wind, Wennaam.

Le leader religieux comme responsable de communauté assure l’unité de son groupe par l’écoute, le respect des différences voire la tolérance. Pour parvenir à la réconciliation, il faut s’écouter dans le respect.

Les religieux disposent des infrastructures formelles et informelles pour la formation holistique de la personne humaine en prenant en compte la dimension humaine, la dimension intellectuelle et la dimension spirituelle. Ces infrastructures sont entre autres les écoles, les centres de formations, les conférences et les prédications.

Les religieux luttent pour la paix par la prière. « La prière s’affirme seulement par la paix, celle qui n’est pas séparable des exigences de la justice, mais qui est alimentée par le sacrifice de soi, par la clémence, par la miséricorde et par la charité ». (Pape Jean-Paul II)

Les religieux doivent se départir de la politique pour être impartiaux et des prophètes pour leur nation. Le rôle du prophète c’est d’annoncer le message de la vie, le message de la paix. Le rôle du prophète c’est de dénoncer les injustices. Le rôle du prophète c’est de renoncer à son bien-être pour le bonheur de tous, pour le bonheur de notre cher pays, pour le bonheur de notre Région.

Dans un Burkina-Faso épris de justice et de paix, les religieux doivent être des messagers des valeurs éthiques sans lesquelles la cohésion sociale resterait un défi. Il s’agit entre autre d’éduquer le peuple à la responsabilité de tous à l’égard du Bien Commun, de la destination universelle des biens, à l’option préférentielle pour les pauvres au principe de la participation, au principe de la solidarité et aux valeurs fondamentales de la vie sociale telles que la vérité, la liberté et la justice.

En somme, il revient aux religieux d’éduquer au respect de la vie humaine, de préserver la liberté religieuse, les valeurs humaines et spirituelles communes à tous les hommes créés par Dieu et à promouvoir le dialogue interreligieux.

 

Pour finir, j’emprunte les mots de monsieur SORGO Léindé Albert pour dire que c’est dans la solidarité que nous viendrons à bout de vaincre le virus de la division, de la haine et du terrorisme. Main dans la main et avec nos leaders religieux et coutumiers, par la prière et l’éveil  des consciences par une spiritualité incarnée qui part de la rencontre de l’autre, le Burkina-Faso connaîtra des lendemains meilleurs car rien n’est impossible à Dieu (Cf. reporter, voix des sans voix, N 273 du 1er au 14 novembre 2019, P.13).

 

BIBLIOGRAPHIE

  1. Compendium de la doctrine sociale de l’Eglise, Conseil pontifical « justice et paix », éditions CEDA/NEI ; 530P.
  2. L’Abbé Jean Emmanuel KONVOLBO, L’Essentiel du Compendium de la doctrine sociale de l’Eglise, un résumé du compendium de la doctrine sociale de l’Eglise, justice et paix, les Presses Africaines novembre 2016, 157P
  3. Dr Justine KIELEM, Communication Panel 3 HCRUN-VF (1)
  4. Message des évêques, prêtres et laïcs délégués des conférences épiscopales Burkina-Niger, du Mali, de la Côte d’Ivoire et du Ghana, Situation sécuritaire au Sahel : l’appel, les 12 et 13 novembre 2019 à Ouagadougou.

Site visité

www.toupie.org du 20/11/2019




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