Pendant 19 longues années, Dame Koudougou a vécu loin des siens. Tout avait basculé un jour dans son village, dans la région du Yaadga, après le décès brutal d’un homme. Très vite, les regards changent. Les murmures deviennent des accusations. On la désigne comme responsable du malheur. Dans un climat dominé par la peur et les croyances, elle est accusée de sorcellerie.

À 72 ans aujourd’hui, elle se souvient encore de cette période comme d’une nuit sans fin. Pourtant, elle avait accepté de boire le « tinsé », cette potion traditionnelle censée lui ôter la vie si elle était coupable. Mais même après être restée en vie, preuve qui aurait dû jouer en sa faveur selon les croyances, le rejet persista. Sous la pression sociale, elle dut quitter son village, abandonnant sa maison, ses repères et une partie de sa dignité.
Les années passent. Loin de sa famille, Dame Koudougou tente de survivre avec ses blessures silencieuses. Au Centre Delwendé de Sakoula, elle trouve refuge, mais le poids de l’exil reste lourd. Derrière son sourire discret se cache une femme séparée de ses enfants, de son village et de son histoire.


Mais parfois, au cœur des injustices les plus profondes, surgissent des mains capables de reconstruire les ponts brisés. C’est alors qu’entre en scène la Commission épiscopale Justice et Paix du Burkina.


Face à une situation que beaucoup considéraient comme impossible à réparer, la CJP-Burkina a choisi d’agir. À travers ses parajuristes, avec patience, dialogue et humanité, elle a engagé un travail de médiation auprès des familles, des notables et de la communauté de la localité. Son objectif n’était pas seulement de ramener une femme chez elle, mais de restaurer une dignité perdue depuis près de deux décennies.
Le 12 mai 2026, le village de Dame Koudougou a vécu une journée historique. Accompagnée par une délégation de la CJP-Burkina, du Centre Delwendé et d’un parajuriste, elle a franchi à nouveau les chemins de son village natal. Cette fois, ce ne sont ni les accusations ni les regards de méfiance qui l’attendaient, mais une foule venue l’accueillir : femmes, jeunes, notables et membres de sa famille.

Les larmes de joie ont remplacé les blessures du passé. Les retrouvailles se sont déroulées autour d’un repas communautaire, symbole puissant de réconciliation et de cohésion sociale.
Grâce au partenaire Misereor, la CJP-Burkina lui a remis un kit alimentaire ainsi qu’un appui financier pour soutenir sa réinstallation et lui permettre de recommencer sa vie dans la dignité.